Voici une lettre que j'ai voulu envoyer à Monsieur Franz-Olivier Giesbert, Directeur du Point ainsi qu'à toute une cohorte de journalisest français. L'économie mondiale et sa crise financière made in "je-m'endette-mais-c'est-pas-de-ma-faute" et"je-prends-des-risques-mais-c'est-plus-moi" n'ont fait qu'alimenter un débat irrationel. Poruquoi ne pas les avoir envoyées? Pour éconmiser des timbres et un peu de papier, j'imagine. Je suis en parti normand.... Ca ne pardonne pas.
Ok, les choses se sont calmées et on reprend ses esprits. Alors pourquoi les publier dans un blog ? Bonen question.... Probablement pour ne pas avoir rendu l'effort vain !
A la revoyure,
Ar Malvinez
Cher Monsieur,
C’est avec amusement, cynisme et consternation que j’ai lu votre dossier sur la crise et Sarkozy. On est au summum de l’émotion journalistique, du sensationnel qui ressasse les images d’Epinal vendeuses et flattent l’inconscient jacobin du lecteur centriste français. Comme disait Keynes, « la difficulté n’est pas tant de développer de nouvelles idées mais d’échapper aux anciennes ». Vous sembler vous y butter.
Vos articles mettent en avant des informations très intéressantes et pertinentes mais, confondant causes et conséquences avec tout son cortège d’images faciles et autres sophismes, voilà le travail inachevé. En prenant les dernières pour les premières, vous massacrez votre travail de journaliste, celui d’une analyse objective, mettant à mal toute l’éthique que cet effort requière. Ici la bête financière est jugée et condamnée d’avance avant même d’avoir été analysée de manière exhaustive, objective et précise dans tout son contexte historique. S’en prendre aux bonus, aux modes de prise de décisions des banques, aux réformateurs néolibéraux, boucs-émissaires faciles dans une France toujours jacobine, c’est se tromper d’ennemi. Ceux-là sont juste une somme de conséquences. C’est pourquoi, travaillant dans le secteur et affligé par la presse je me permets de vous joindre cette réaction à l’éditorial d’un de vos confrères, Paul Burel, dans Ouest-France.
Toutefois, permettez-moi d’anticiper. Les banques et le secteur financier représentent une des catégories d’acteurs économiques les plus régulées. Eh oui, ne vous en déplaise : citez-moi un secteur qui comporte autant d’organes étatiques de régulation que les banques et les sociétés de gestion. Même les hedge funds sont régulés et de loin, ce sont les moins mauvais. Le véritable problème est l’inadaptation des règlements émis il y a quelques années pour prévenir des crises comme celle au Japon en 1990, mais sans s’assurer de leur cohérence avec l’état de l’économie. Si régulation il doit continuer d’y avoir au niveau de l’Etat, il faut que celle-ci soit proactive afin de supporter la confiance, émotion clé de tout le système.
L’objectif d’un capitalisme libéral est la création de valeurs. Pour se faire, il a besoin de deux ingrédients pour marcher : la responsabilité devant la prise de risque pour discerner au mieux comment entreprendre, et la confiance. La première a été rompue il y a quelques années déjà grâce à une innovation financière selon laquelle on pouvait externaliser un risque, l’enlever de son bilan pour le vendre aux investisseurs -souvent institutionnels- via un produit financier a priori rentable et sans risque à en croire les agences de notation. A partir de là, avec la fin d’une conscience de la prise de risques où le métier de banquier est passé de prêteur traditionnel à arrangeur de solutions financières (poussé par les politiques monétaires qui ne permettaient plus leur mode de rémunération traditionnelle, la marge d’intermédiation sur taux d’intérêts), on file vers le grand n’importe quoi que le capitalisme libéral ne tolère pas à long terme au prix d’une confiance rompue. Celle-ci n’est guidée que par l’émotion, que par un ancrage des anticipations des agents sur la qualité des risques pris.
Tous, régulateurs, banquiers centraux, gouvernements –qui n’ont jamais travaillé dans une banque ou dans l’économie privée qu’ils regardent de haut, invalidant dès lors les idées de Proudhon selon lesquelles banques et finance sont des sujets trop sérieux pour les laisser aux banquiers et aux financiers- ont fermé les yeux car cela permettait de maintenir une forme illusoire de croissance économique au moyen du grand principe keynésien d’une stimulation de la demande par le crédit facile et ce, au plus grand mépris de l’investissement productif, principe des économistes libéraux classiques, seule source de richesses à long terme. Seule une hausse nette des taux aurait pu limiter cela, quitte à braquer un peu la machine comme en 1994 lorsque Greenspan avait relevé les taux de manière brutale. Ni le Conseil d’Analyse Economique, ni les économistes qui inondent les ondes accusant l’économie de marché n’ont tiré de sonnette d’alarme. Pourquoi ? Ils ne comprenaient pas ce qu’il passait, préférant se réfugier dans leurs jugements de valeurs et autres modèles mathématiques qui ne peuvent rendre compte de la réalité.
L’économie est théâtrale parce qu’elle est le théâtre d’intérêts subjectifs qui se confrontent sur un marché –et non, le marché n’est pas une institution mais une agrégation de volontés individuelles, déraisonnables ou pas, éclairées ou non, pas nécessairement rationnelles car aussi émotives- pour que chacun puisse satisfaire au mieux un besoin selon son entendement, ses désirs et ses anticipations sur le Monde. La bulle du crédit a arrangé tout le monde, d’où sa longévité. L’économie ne se fait durablement pas à l’aune de quelques personnes. Ainsi, ce système est aussi un bon indicateur de l’état moral d’une société. Quand on vit dans une société onirique, célébrant le « je veux donc j’ai droit »; quand on clame la fraternité tout en s’en prenant à l’émergence économique des pays pauvres pour le maintien de son niveau de vie ; quand, tel un enfant dans une cours d’école, on préfère les boucs-émissaires à l’introspection ; quand on nie la notion de supériorité du devoir par rapport au droit, quelle place pour la responsabilité ? D’où ces errements. Et ce n’est pas le triste privilège de banquiers qui ont cru pouvoir substantiellement gagner de l’argent sans prise de risques.
Accuser plus particulièrement les hedge funds pour les événements de septembre et d’octobre est tout autant erroné. Ces acteurs sont principalement sortis des marchés durant l’été en prévision des rédemptions d’investisseurs. Les récents pics de volatilité et de baisse des marchés ne proviennent pas tant d’eux que de la panique d’intervenants financiers moins sophistiqués, confirmant l’utilité de ces fonds spéculatifs pour assurer un fonctionnement plus liquide, moins volatile des marchés.
Je suis libéral car j’ai foi en l’Homme. Non, l’Etat n’est pas la panacée. Sur quelles bases peut-il prétendre savoir mieux que quiconque ce qui est bon pour chacun d’entre nous. Non il n’est pas meilleur gestionnaire. Les événements récents confirment la posture réactive et non proactive de l’Etat avec tout le jeu des intérêts politiques plus court-termistes comme le démontre l’attitude partisane des hommes politiques. Pour que l’économie libre marche, il faut permettre à l’Homme d’être Homme, d’une manière socratique pour rester dans le vocable admissible républicain. Au final seuls Imbert et BHL ont, selon mon expérience du secteur financier, dit des choses intéressantes malgré des raccourcis faciles. J’arrête d’être bavard mais l’économie est mon terrain de jeu professionnel qui me passionne et où mon goût pour la Vérité ne tolère pas les approximations des diatribes populistes, des sophismes manipulateurs et démagogiques. C’est trop important : il en va de notre gagne-pain.
Avec mes remerciements anticipés et,
Dans l’attente de votre réponse, veuillez agréer, Cher Monsieur, l’expression de ma
considération distinguée,
La suite viendra....
Monday, 17 November 2008
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